Convention « nouvelle donne internationale et européenne » : Un autre monde est possible et nécessaire

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Au nom d’Un Monde d’avance, Pouria Amirshahi, secrétaire national à la coopération, à la francophonie, à l’aide au développement et aux droits de l’homme a coordonné, avec d’autres, les travaux préparatoires de la convention «Nouvelle donne internationale et européenne». Il fait un point sur le texte qui sera soumis au vote des militants le 30 septembre prochain.

 » Pour l’essentiel – bien qu’il reste des questions non tranchées – ce texte marque un changement très important dans ce que doit être la politique étrangère de la France, son discours aux autres nations et sa stratégie européenne.
Renforcement du droit international fondé sur les droits de l’homme et le bien commun, maîtrise de la mondialisation, nouvelles politique de coopérations, fin de la Françafrique, intégration et politiques structurantes européennes renforcées, arrêt du suivisme atlantiste et néoconservateur, etc. Bien entendu, on y trouvera, sur certains sujets, matière à aller plus loin (politique salariale européenne, précisions de certaines échéances, moyens budgétaires, etc.). Mais, outre que l’effort, consenti par tous, de faire un texte-cadre obligeait à la rédaction d’un texte accessible et court (moins de 20 pages), nous continuerons, au nom d’Un Monde d’Avance de mener les batailles politiques sur ces questions, de la même manière que d’autres seront approfondies dans les mois qui viennent par le parti socialiste (nouvelle politique de coopération, francophonie, mécanismes de la nouvelle politique économique européenne, etc.). C’est pourquoi nous voterons ce texte car les réorientations nécessaires à la construction d’un nouvel ordre international y sont marquantes. Tous les éléments du texte d’orientation ne figurent pas dans la synthèse présentée ci-dessous. À cette étape, nous voulions insister sur l’essentiel. Maintenant, place au débat militant dans les fédérations, jusqu’à la convention nationale du 9 octobre qui débattra des amendements avant le vote final.

Une nouvelle doctrine progressiste en matière de politique étrangère pour la France, voilà en quelques mots le sens de cette troisième convention du parti socialiste.

Le moment historique que nous vivons est fait d’incertitudes et de dangers — y compris pour la survie même de l’espèce humaine et des écosystèmes — mais aussi de possibilités nouvelles pour le progrès, le développement partagé et la paix. « Le monde demain nous appartient » dit le poète ; il sera en tout cas aussi ce que les socialistes et leurs alliés réussiront à faire avancer au nom de la cause commune de l’humanité. Nous nous engagerons en faveur d’un équilibre multipolaire qui remette en cause les rapports de domination entre puissants et « petits pays ». Nous défendrons des programmes de développement justes pour les peuples et les êtres humains et durables pour la planète. Parce que c’est notre idéal et parce qu’il y a urgence devant l’instabilité du monde, notre politique internationale reposera avec force sur les orientations suivantes :

– La régulation par le droit en renforçant l’ONU car le G20, club fermé des seules puissances anciennes et émergentes, ne saurait constituer le socle de nos ambitions par définition universelles, même s’il peut aider à trouver des équilibres nouveaux. La première proposition que défendra la France est d’œuvrer à subordonner l’action des institutions financières internationales comme le FMI à la charte de San-Francisco et à la déclaration universelle des droits de l’Homme et d’intégrer l’OMC dans un ensemble onusien tourné en premier vers ce que Supiot appelle justement dans son dernier livre « l’esprit de Philadelphie ». D’aucuns y verront un rêve lointain mais, sans horizon, sans feuille de route il n’est pas de grand dessein pour un pays comme la France.

– La construction d’un multilatéralisme rénové,
fondé sur l’intégration économique régionale ou continentale, à l’instar de notre idéal européen, mais aussi des dynamiques en cours en Amérique latine.

– De nouvelles règles commerciales internationales,
fondées sur le développement humain, sur le concept de juste échange et la coopération plutôt que la religion de la toute concurrence. Pour le commerce mondial, cela signifie l’intégration de normes dans tous les processus et protocoles d’échanges, fixant le droit social (et en particulier les normes de l’OIT) et la protection de l’environnement naturel et humain comme condition même de ces échanges.

– La réorientation de l’union européenne par le dépassement des traités, en crise, par une gouvernance économique, une autre politique monétaire que celle conçue aujourd’hui par la BCE et en dotant le Vieux continent d’une capacité à conduire des politiques publiques en faveur de ses industries et de l’emploi. Il s’agira de mettre fin à une logique de concurrence intra-européenne qui nivelle par le bas les salaires et les niveaux de protection sociale. La protection de nos intérêts et de ceux des peuples européens passera notamment par la proposition d’écluses tarifaires selon les secteurs et durant des périodes ciblées, afin d’éviter le dumping social et environnemental exercé par d’autres puissances. Cela fait suite à notre proposition initiale de tarif extérieur commun. L’Europe devra s’appliquer à elle-même ce qu’elle propose à tous, en particulier l’institution d’une taxe sur les transactions financières des banques et des institutions financières de manière à dégager des ressources publiques nouvelles. La politique doit guider l’économie et les gouvernements inscrire leurs actions dans la perspective de ce nouveau modèle de développement que nous avons esquissé lors de notre première convention. Ainsi, les énergies, transports, bio-tech, info-tech et technologies vertes constituent un secteur d’application privilégié de ce nouveau volontarisme européen qui pourra conduire à des « consortiums publics européens ». Bâtir, avec les pays d’Afrique en particulier une coopération fondée sur l’égalité avec pour ambition commune l’autosuffisance alimentaire, le développement éducatif, sanitaire et social ainsi que l’ouverture de perspectives démocratiques. Au-delà du devoir de solidarité des riches envers les pauvres, il s’agit de reconnaître, pour tous les pays, le droit au développement et d’engager prioritairement la bataille pour la sécurité alimentaire.

– Une révision de notre doctrine de défense :
défavorable aux élargissements inconsidérés de l’OTAN (et plus encore, on s’en souvient, au retour de la France dans son commandement militaire intégré), nous proposerons de relancer la perspective structurante de la défense européenne. En tout état de cause, les missions mêmes de l’Alliance devront être rediscutées, car à l’équilibre du rapport Est-Ouest de la guerre froide s’est substitué le déséquilibre d’une Alliance sans cesse étendue sous domination américaine. Quant à notre défense nationale, à côté de l’intégration européenne, elle devra être gérée, dans son organisation et dans ses moyens, comme un grand service public.

– Sur les conflits majeurs :

— En Afghanistan, nous voulons privilégier la logique de coopération et de développement (stabilisation politique, substitution de la culture du pavot, constructions des infrastructures publiques et sociales nécessaires) sur ce qui est ressenti de plus en plus comme une logique d’occupation. La perspective du retrait des troupes en Afghanistan devra ainsi être rapidement discutée car les forces françaises n’ont pas vocation à y rester.
— En Israël et en Palestine, notre doctrine traditionnelle (paix juste et durable, indépendance et souveraineté des deux États) n’a de sens que si elle plaide fortement par la fin immédiate de la politique de colonisation, injuste, contraire au droit international et qui aggrave les conditions de vie déjà indignes que subissent les Palestiniens. Ces derniers sont en effet doublement menacés, a fortiori à Gaza, par la politique du gouvernement israélien et la montée de l’islamisme radical qui s’en nourrit évidemment.
— Enfin, sur l’Iran, c’est en cohérence avec notre volonté de voir s’engager un processus de dénucléarisation du Moyen-Orient que la France et l’Europe devront appuyer les initiatives négociées. Le soulèvement démocratique né de la fraude électorale de 2009 ouvre des perspectives nouvelles… à condition que la société civile, les défenseurs des droits de l’homme et les oppositions démocratiques soient relayés dans leurs combats à l’échelle internationale.

Restera à redéfinir les périmètres et les moyens d’action et de déploiement de notre politique étrangère que nous voulons renforcer si nous souhaitons tout à la fois peser sur le cours des nouvelles constructions en cours, œuvrer à notre idéal d’une fraternelle humanité et éviter que l’Europe et la France ne sortent des radars d’une Histoire qui s’accélère sous les effets d’une financiarisation de l’économie ravageuse et, disons-le, ennemie de l’humanité.

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