Le syndicalisme étudiant, Bayrou et moi

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Juin 1996, dans le grand hall de l’Université de la Sorbonne.
Nous sommes un petit groupe de camarades en train de commenter les conclusions des états généraux de l’enseignement supérieur. Tout à coup, je sens qu’on me pousse dans le dos et, en me retournant, j’aperçois une horde de micros et de caméras dont je ne comprends pas la présence. Explication : face à nous, Juppé et Bayrou nous tendent la main :
– « Vous avez fait le voyage depuis Rouen ? » me demande Bayrou.
– « Non. Moi je viens de Toulouse. »
– « Ah oui. M. Carbonnel, de l’Université Paul Sabatier ! Alors, que pensez-vous de cette réforme ? » me demande-t-il.
De manière très appliquée, je lui réponds un argumentaire très « syndical » – et très consensuel – sur les avancées très nettes que comporte ce projet de réforme des universités, notamment en matière de réduction de la sélection. Cependant, je rappelle que cette réforme est prévue à moyens constants, ce qui est très dommage.
– « Tu vois François, dit Juppé en s’adressant à Bayrou, je te l’avais dit que « l’argent » allait être un problème pour les syndicats étudiants ! »
Ils tournent les talons, sans autre commentaire. Sidérant.

Comment en suis-je arrivé là ? J’ai commencé à militer en octobre 1994, alors que j’étais étudiant en lettres au Mirail. J’avais rejoins l’Unef indépendante et démocratique pour revendiquer un système d’enseignement supérieur plus juste. Très vite, je me suis impliqué dans la vie locale du syndicat étudiant et j’ai activement milité contre la politique inique d’un gouvernement de droite dont le ministre de l’éducation nationale était Bayrou et dont celui de l’enseignement supérieur s’appelait Fillon ! Bayrou a récupéré son maroquin, peu de temps après, au gré de l’élection présidentielle de 1995. A la rentrée 1995, j’ai recommencé mes études, cette fois en IUT de communication, toujours avec des autocollants de l’Unef-ID dans les poches. Le lundi 6 novembre (je me souviens parce que c’était la rentrée des vacances de Toussaint – et mon anniversaire), un mouvement étudiant d’une grande ampleur a commencé à Toulouse et a fait tâche d’huile dans toute la France, motivé en particulier par une dégradation des moyens alloués à l’enseignement supérieur. Ce mouvement estudiantin, happé par celui contre le « fameux » plan Juppé, a duré deux mois, à temps plein, surtout pour moi et une vingtaine d’autres « camarades » qui animions la grève et les manifs de l’Université Paul Sabatier.

L’un des « temps forts » de cette expérience politique et militante enrichissante s’est déroulé le dimanche 2 décembre, dans une des salles du ministère de l’éducation nationale, rue de Grenelle. C’était une salle aux plafonds hauts, dont les murs étaient entièrement parés de milliers de tomes du journal officiel, où nous étions reçus en délégation de la coordination nationale par Bayrou qui, certainement, avait une fiche bien renseignée sur chacun de nous. Celui-ci nous a fait un show très « bayrouesque », en particulier lorsqu’un membre anarchiste de la délégation étudiante a refusé de lui serrer la main (anecdote rapportée dans la presse) ! Après deux heures de palabres stériles, cette rencontre s’est soldée par une série d’annonces (d’effets d’annonces ?) dont, autant que je m’en souvienne : 200 millions de francs de crédits d’urgence pour l’aide sociale étudiante, 200 millions de francs pour les établissements et la promesse d’états généraux de l’enseignement supérieur. C’est donc sur cette dernière annonce que porte mon anecdote. En effet, pour conclure en grandes pompes ces états généraux qui se s’étaient déroulés pendant le printemps, Juppé et Bayrou avaient réservé le grand amphi de la Sorbonne. Nous étions une poignée à y représenter l’Unef et à assister à une heure et demie de cours magistral et une double-démonstration de langue de bois sur la valeur de la concertation. A cette époque, il ne restait plus grand chose de la « fracture sociale » dans la bouche de la droite au pouvoir. C’est juste après la « cérémonie », dans le grand hall de la Sorbonne, que s’est passée la scène surréaliste que j’ai évoquée plus haut. Drôle de concours de circonstances, révélateur d’une droite cynique et imbue de son pouvoir !

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