Garantie de l’emploi dans la Fonction publique : une garantie d’abord pour les citoyens !

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Communiqué du 7/01/11

Président du groupe UMP à l’Assemblée et ancien ministre de la Fonction publique, Christian Jacob a cru bon hier de déclarer qu’ « il ne faut pas s’interdire […] de réfléchir à la pertinence de l’embauche à vie des fonctionnaires », ajoutant « Ne pourrait-on pas envisager, à l’avenir, des contrats d’objectifs sur cinq ou dix ans qui permettraient à des gens de passer du secteur privé au secteur public et vice versa ? ».

Soulignons tout d’abord que l’un des principes régissant la carrière des fonctionnaires est celui de la garantie de l’emploi, et non celui de l’embauche à vie, qui relève du domaine du mythe.

Soulignons surtout que la garantie de l’emploi est avant toute autre chose une garantie pour les citoyens. En 2003, le Conseil d’Etat a rappelé que les principes statutaires fondamentaux de la Fonction publique, dont la garantie de l’emploi, sont « destinés à assurer l’égal accès aux emplois publics, à garantir les fonctionnaires contre l’arbitraire et le favoritisme et à donner à la puissance publique les moyens d’assurer ses missions sur tout le territoire dans le respect des règles d’impartialité et de continuité ». La garantie de l’emploi est donc, dans le cadre républicain, un moyen d’assurer aux usagers un service public rendu de manière impartiale, par des agents préservés des pressions politiques et partisanes.
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Vive la génération RTT !

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La récente déclaration de Manuel Valls selon quoi il faudrait « déverrouiller les 35 heures » a suscité une polémique bien légitime. D’autant plus quand on réalise que cette réforme emblématique du Gouvernement Jospin a déjà été maintes fois détricotée, d’abord par la gauche elle-même avec la loi « Aubry 2 » qui en assouplit les dispositions initiales, puis par presque tous les derniers ministres des affaires sociales depuis 2002, notamment Fillon en 2003. Bref, la « sortie » du député-maire d’Evry est plus absurde que réactionnaire, même si elle tire contre notre camp.

Disons un mot sur la forme de la polémique. En s’attaquant à une réforme emblématique de la fin des années 90, conduite par Martine Aubry avec un patronat vent debout contre elle, Valls cherche à ratisser au centre, voire à droite. Il a ici une approche strictement tacticienne qui consiste à fédérer tous ceux qui, dans l’électorat dit « flottant », seraient susceptibles de venir lui apporter leurs suffrages à l’occasion des primaires. Il se constituerait ainsi un bataillon de votants, en dehors de notre électorat traditionnel, auprès de petits entrepreneurs, artisans et autres retraités qui se se laissent bercer par les illusions productivistes de la droite. Valls a donc une vision à court terme car, s’il cherche à faire parler de lui afin de remporter les primaires « au centre », il oublie que la seule stratégie gagnante est celle d’une victoire à l’élection présidentielle, laquelle ne peut s’obtenir qu’en rassemblant toute la gauche au second tour.

Il y a donc une confusion absurde, voire une contradiction, entre les objectifs tactiques de M. Valls et les objectifs stratégiques qui doivent être ceux du PS et de la gauche. En effet, dans un contexte où aux côtés du parti socialiste on ne veut pas signer un blanc-seing au parti dominant, à juste titre d’ailleurs, tous les candidats potentiels aux primaires devraient plutôt donner des garanties de vouloir porter un véritable programme de transformation sociale. Au contraire, en contestant l’intérêt économique et social de la réduction du temps de travail, Valls fait exactement l’inverse. Sa tactique est mortifère et c’est pour cette raison qu’elle a suscité une telle levée de boucliers à gauche… et des éloges à droite. Pas de quoi avancer dans ces primaires la fleur au fusil puisque ce genre de polémique reviendra tôt ou tard, ce qui doit nous inquiéter et nous mobiliser.

Les « 35 heures » sont un acquis social de premier ordre : elles caractérisent la vie au travail de toute une génération qui n’a connu que ce fonctionnement-là, et à laquelle j’appartiens. Benoît Hamon a eu raison de rappeler que cette durée légale du travail est tout aussi primordiale que la cinquième semaine de congés payés. Les RTT dont bénéficient les salariés depuis plus de 10 ans sont la démonstration que la gauche peut encore changer le quotidien de nos concitoyens, même s’ils sont de plus en plus résignés parce qu’empêtrés dans les difficultés de leur quotidien. Concernant les 35 heures, soit on est « pour » parce qu’on en bénéficie et qu’on en fait profiter sa famille, soit on est « contre » parce qu’on considère, à tort, que les travailleurs de France ne sont pas assez compétitifs. De ce faite, on ne peut donc pas être sincèrement dans le camp de la gauche et contester l’intérêt social des 35 heures.

2011 : indignation + résistance + reconquête

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Je n’ai pas encore lu best-seller politique de cette fin d’année 2010 : « Indignez-vous ! » de Stéphane Hessel. J’ai la ferme intention de le faire. Le succès de ce petit (grand) livre est, à la fois, la meilleure nouvelle de cette période de marasme social et politique et une surprenante leçon pour l’ensemble des familles politiques de la gauche.

Comme le souligne fort bien l’entretien réalisé par rue89, Stéphane Hessel, résistant et inspirateur de la Déclaration universelle des droits de l’Homme est une figure de la gauche dite « radicale » alors qu’il se dit lui-même social-démocrate. Il considère d’ailleurs que Martine Aubry ferait une bonne présidente de la République. En fait, du haut de ses 93 ans (il est né en octobre 1917 !), il incarne assez bien les aspirations contradictoires des « deux gauches », celles qui divise notre camp et, parfois, stérilise son action. En effet, il symbolise l’ambivalence de la gauche telle qu’elle devrait être : à la fois idéaliste et réaliste, sinon cela ne fonctionne pas. Il est aussi à l’image d’un PS qui contestait dans la rue la remise en cause de l’acquis de la retraite à 60 ans tout en proposant une autre réforme, forcément un peu gestionnaire…

Cette actualité de l’indignation et de la résistance est donc une excellente nouvelle, en conclusion d’une année politique et sociale marquée par la poursuite du démantèlement des acquis sociaux d’après-guerre et l’aggravation de la crise. Il me semble que les notions combinées d’indignation et de résistance portent en elles le germe de la lutte des classes puisqu’il est question de la façon dont les plus fragiles, ceux qui luttent au quotidien, sont exaspérés par les égoïsmes des puissants. Bien sûr, la définition historique de la lutte des classes n’est plus strictement applicable à la société capitaliste d’aujourd’hui, devenue mondialisée et, surtout, virtuelle. Il reste que, comme le disait Jaurès, il ne peut y avoir de révolution que lorsqu’il y a conscience. Or, la bataille culturelle contre la domination des puissants, en particulier à travers les médias de masse, ne sera pas facile à gagner.

En 2011, puisque l’indignation et la résistance font si bon ménage, puisqu’il reste des acquis sociaux à défendre, puisqu’il reste à imaginer une société plus juste et plus égalitaire, puisque des échéances électorales pointent, il faut battre le fer tant qu’il est chaud (comme dirait la chanson) et se donner les moyens de la reconquête sociale et politique. Pour y parvenir, toute la gauche doit se remettre en question, pas seulement les socialistes. L’indignation et la résistance ne forment pas un projet politique et les slogans et petites phrases ne suffisent pas à reconquérir une population trop souvent résignée. En revanche, l’indignation, la résistance et l’esprit de reconquête peuvent soulever des montagnes. A nous d’en être capables ! Bonne année 2011 !