De la désuétude de l’élection présidentielle au suffrage universel direct

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| Depuis un demi-siècle, le système de l’élection présidentielle au suffrage universel direct est censé être le summum de la démocratie représentative. Instauré par un Général De Gaulle avide de plébiscite, cette disposition de la Cinquième République lui a montré immédiatement ses inconvénients puisque, à l’aide de la télévision qui entrait dans les foyers, François Mitterrand avait mis le Général en ballotage lors de l’élection présidentielle de 1965. |

Presque cinquante ans après, la médiatisation à outrances de la vie politique accentue les effets indésirables, voire néfastes, d’un système électoral qui incite à la personnification du suffrage. C’est une sorte de dictature du « moi », du « je », alors que la fonction présidentielle doit refléter avant tout l’unité nationale et l’unicité de République française, c’est-à-dire fédérer les citoyens autour d’un projet commun. Depuis trop longtemps, l’élection présidentielle et le mandat suprême alimentent la parabole de « l’homme providentiel ».

| ‘Accros’ aux sondages et aux enquêtes d’opinions |
La gauche sociale-démocrate s’est vautrée dans les apparats de cette République du pouvoir présidentiel aussi bien que l’a fait la droite : l’ère 1981-1995 en a été la preuve éclatante, malgré le bon bilan social et sociétal de la gauche à l’Elysée. Ensuite, la désignation du candidat socialiste à l’élection présidentielle est devenue une course hippique où les turfistes sont autant de militants ‘accros’ aux sondages et aux enquêtes d’opinions, j’en veux pour preuve les conditions de la désignation de Ségolène Royal lors du dernier scrutin présidentiel et l’échec électoral patent qui a été le sien.

| L’accroissement de l’écart de condition culturelle et sociale |
Depuis quelques jours, la gauche et la droite se font peur avec des sondages très défavorables puisque, en envisageant que Marine Le Pen puisse être en tête du 1er tour de la présidentielle, ces enquêtes sont symptomatiques à la fois : de la défiance des électeurs, de la banalisation des idées xénophobes, de l’incapacité des partis traditionnels à incarner l’espoir, de la difficulté pour le PS à incarner l’alternative à Sarkozy, de l’échec de la stratégie de Mélenchon pour représenter les catégories les plus populaires, de l’accroissement de l’écart de condition culturelle et sociale qui se creuse entre nos élites et la population, j’en passe, et des bien pires… Quel désaveu pour le système démocratique français !

| Ils sont en colères d’avoir été trompés par Nicolas Sarkozy |
Ce qui « fait le lit » de l’extrême-droite, ce sont nos concitoyens qui sont exaspérés par les affaires qui ont sali la classe politique ces deux dernières décennies, certes. Mais leur réaction traduit aussi le fait qu’ils sont déçus par les élus et gouvernants qui n’ont pas été à la hauteur des enjeux du nouveau capitalisme et de la mondialisation, ils sont en colères d’avoir été trompés par un Nicolas Sarkozy élu grâce à une rengaine populiste : « je ne vous mentirai pas, je ne vous trahirai pas, je serai exemplaire ». Ce « je » qui, dans la bouche d’un président, a autant de conséquences que les promesses qu’il a immédiatement foulés au pied.

| Que les candidats à la candidature incarnent vraiment le projet du PS |
Pour affronter le président sortant sans avoir à critiquer le système électoral, le Parti Socialiste a innové en instaurant un mode de désignation de son candidat inspiré des démocrates américains ou italiens. Adoptée par une large majorité de militants en 2009, cette « primaire » est aujourd’hui présentée par certains comme une machine à perdre. Pour gagner en 2012, le problème posé au PS n’est pas seulement le mode désignation mais le contenu du projet qu’il porte. En effet, il est prioritaire, que les candidats à la candidature incarnent vraiment le projet du PS défini dans le cadre des récentes conventions, d’une part, et il faut que le PS mette toutes ses force dans la bataille de l’unité de la gauche, d’autre part. La démarche de certains candidats potentiels ne correspondent pas à cette double-contrainte.

| La défiance grandissante à l’égard des puissants |
Par ailleurs, rien ne sert de contester la méthode des sondages qui donneraient Marine Le Pen dans le trio de tête de l’élection présidentielle car on sait bien que le fait de casser le thermomètre ne fait pas baisser la température. D’autant que ce que les militants voient et entendent depuis plusieurs mois dans leurs villes et villages, c’est la banalisation des valeurs de l’extrême-droite et la défiance grandissante à l’égard des puissants de toute sorte, c’est-à-dire le fond de commerce des fachos depuis toujours. Rien ne servirait non plus d’interdire le Front national ou de le priver d’antenne : le mal est profond !

| Une transformation tout aussi importante que la « révolution Gutenberg » |
Les institutions de la Vème République sont devenues totalement inadaptées à la médiatisation de la vie politique et aux enjeux de la mondialisation. Avec l’avènement d’Internet, la planète est en train de vivre une transformation tout aussi importante que la « révolution Gutenberg » : les changements politiques et culturels qui sont à l’oeuvre dans le monde arabe et maghrébin en témoignent. Ici, c’est une autre révolution qu’il faudrait mener : celle de la suppression des cumuls de mandats, de la redéfinition du statut de l’élu et de la fin de l’élection présidentielle au suffrage universel direct. Cela ne résoudra pas les problèmes socio-économiques mais pourra re-faire de la France le pays des lumières démocratiques…

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Une réflexion sur “De la désuétude de l’élection présidentielle au suffrage universel direct

  1. Basto

    « Par ailleurs, rien ne sert de contester la méthode des sondages « … rien ne servirait effectivement si ces sondages étaient scientifiques ou avaient un sens. Là, ils ne valent pas plus que de se mouiller le petit doigt pour savoir s’il va pleuvoir…

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