Expliquer, convaincre, fédérer : le triptyque gagnant de Benoit Hamon

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La stratégie de campagne qui a permis à Benoit Hamon de vaincre ses rivaux à la primaire de gauche pourrait s’avérer tout aussi victorieuse en mai prochain face à la droite et l’extrême-droite. Depuis septembre, le candidat a développé une communication politique cohérente fondée sur le triptyque « expliquer, convaincre, fédérer », contestant vivement l’idée qu’il puisse être un « Homme providentiel ». C’est donc ce même sillon qu’il s’agit de creuser dans la perspective de l’élection présidentielle.

Expliquer
D’abord, ce qui a marqué cette primaire de gauche, c’est la volonté de tous les candidats (ou presque) de se positionner en fonction du bilan du quinquennat. Benoit Hamon a été le seul, finalement, à ne pas trop s’y référer et à porter un projet distinct de la plupart de ses adversaires, notamment dans le domaine de l’écologie devenue indissociable de tout projet progressiste. C’est sans doute cette sincérité qui a désarçonné les observateurs médiatiques qui, du coup, ont sous-estimé son potentiel de victoire en pointant son « utopisme ». En contrepoint, le candidat socialiste s’est montré pédagogue, quitte parfois à ennuyer les téléspectateurs, mais a imposé dans le débat des propositions originales coconstruites avec les citoyen-ne-s. Il a ainsi pu acquérir le certificat de légitimité indispensable pour pouvoir être entendu et prétendre à exercer la fonction présidentielle.

Convaincre
Ensuite, les journalistes comme ses concurrents le considérant comme un « petit candidat » l’ont laissé dérouler son argumentaire… croyant pouvoir le décrédibiliser. En vain. La dynamique de campagne et l’intérêt grandissant suscité par le candidat, ainsi que l’augmentation sensible du taux de participation au second tour de la primaire, sont une preuve tangible de l’effet Hamon : il convainc ! Comment ? En répondant point par point aux critiques de ses adversaires obnubilés par une cible jugée trop facile. Pourtant, par des raisonnements construits décryptant les problèmes du quotidien et l’inquiétude de l’avenir (travail, santé, cadre de vie, jeunesse, discriminations, etc.), il a su imposer ses propositions comme nécessaires. Une démonstration vaut souvent mieux qu’un effet de tribune pour bâtir sa crédibilité et fédérer le plus grand nombre de soutiens.

Fédérer
Enfin, Benoît Hamon a plu. Sa manière à la fois modeste et classique de conduire sa campagne, tout en s’appuyant sur les outils numériques, a enchanté une nouvelle frange de l’électorat de gauche, lassée par une « classe politique » souvent trop préoccupée par le culte de la personnalité et les attributs du pouvoir. Après 5 ans d’une politique gouvernementale qui les a déboussolé, les « gens de gauche » sont disponibles pour un propos politique digne de Jaurès : qui vise l’idéal en fonction du réel. En faisant ainsi « battre le coeur de la France », via des réunions publiques quasi-quotidiennes, le candidat de gauche a développé un sentiment de proximité auquel les votant-e-s ont été sensibles. Les récentes enquêtes d’opinion (avec les réserves qu’il se doit) dessinent le portrait d’un homme qui sait attirer l’attention d’un public plus large que celui qui a participé à la primaire. C’est aussi sur cette base qu’il peut désormais fédérer largement autour de sa candidature. De bon augure pour celui qui pourfend les renoncements en politique !

Ce triptyque stratégique explique probablement l’efficacité de la campagne de Benoît Hamon. Construire la campagne présidentielle qui s’ouvre en poursuivant ces mêmes objectifs est sans doute la clé d’une campagne réussie, rendant la victoire possible, car en politique rien n’est écrit d’avance.

Photo : Nicolas Askevis

Note : J’avais écrit le verbe « plaire » comme 3ème point fort… Compte-tenu du discours d’investiture qu’il a prononcé ce dimanche 5 février, le verbe « fédérer » est plus adéquat.

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Action citoyenne et politique : le numérique a définitivement changé la donne avec #LoiTravailNonMerci

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Dix ans après les comités désirs d’avenir qui s’étaient illustrés sur Internet pour bâtir et soutenir la candidature de Ségolène Royal à la présidentielle de 2007, la donne a changé définitivement. L’avènement des médias sociaux de masse (en particulier Facebook et Twitter) et de tous les sites de mobilisation sont désormais des outils militants et/ou citoyens incontournables.

Exemple emblématique de cette transformation des relations de communication politique au sein du triptyque citoyen-média-élu : la mobilisation contre la loi travail, initiée via une pétition en ligne, a dépassé le cadre habituel de la contestation politique et syndicale, avec trois caractéristiques principales reposant sur l’explication, l’identification et l’engagement.

1) la pédagogie (comprendre)
La pétition de Caroline de Haas, « Loi travail, non merci », a recueilli plus de 1 million de signatures en moins de 3 semaines : un événement inédit ! Sans doute, les arguments affichés sur le site change.org par cette militante aguerrie ont su convaincre. Une volonté d’explication complétée par le site loitravail.lol où chaque argument contre le projet de loi est décortiqué, avec la possibilité de le relayer d’un clic sur le web. Piquée au vif par cette efficace démarche pédagogique, Myriam El Khomri a publié sur le site de la pétition un contre-argumentaire pointant que « si certaines affirmations de cette pétition sont vraies, de nombreuses autres sont fausses et beaucoup sont incomplètes. » Une initiative courageuse mais malvenue qui a donné l’occasion aux opposants de répondre point par point, signifiant ainsi un désaccord reposant sur de le fond et non une simple posture anti-gouvernementale. Des enjeux que les organisations de jeunesse (Unef, MJS, Joc, etc.) ont su s’approprier, par des infographies, pour mobiliser à l’occasion de la journée de manifestations du 9 mars.

2) le testimonial (s’identifier) :
Forte du relai médiatique via Facebook et Twitter, cette campagne de rejet du projet de loi travail s’est vue renforcée par une double-démarche testimoniale : l’une initiée par les premiers signataires de la pétition, l’autre qui s’est propagée naturellement via le mot-dièse #OnVautMieuxQueÇa.
La première est l’initiative prise par plusieurs youtubeurs qui, via leur canal d’expression habituel, se sont réunis pour critiquer le projet de loi et appeler à la mobilisation. Une démarche inédite qui n’est pas sans rappeler les appels au hacking social prônés par les Anonymous.
La seconde, plus spontanée, s’est fondée sur le témoignage de milliers de jeunes salariés et précaires sur Twitter, laquelle rappelle la mobilisation qu’avait suscité en 2005 le CPE cher à De Villepin.
Dans les deux cas, la précarité au travail de la génération des 20-35 ans est décrite par des exemples concrets auxquels on peut facilement s’identifier.

3) le partage (s’engager) :
S’engager contre la loi travail : c’est simple !
Partagée avec le mot-dièse #LoiTravailNonMerci sur Twitter, la pétition contre la loi El Khomri a été très vite sur une dynamique puissante de signature que le contre-feu du gouvernement (SIG), allumé avec la création du compte @loitravail sur Twitter, n’a pas empêché. L’engagement public de personnalités, d’élus de gauche (parlementaires notamment) et de médias, dont Libération et Médiapart, a renforcé le succès de la pétition. Ainsi, de nombreux journalistes, en rapportant cet événement et en donnant la parole à ses initiateurs, ont contribué à lui donner de la crédibilité, complétant de fait la parole des organisations politique et syndicales habituelles. Enfin, la création d’une pétition de soutien à la loi par des élus de droite et du Medef a achevé de donner, en creux, toute sa légitimité à l’engagement citoyen contre le projet de loi. Un processus de viralité qui, toute proportion gardée, rappelle la dynamique qui avait conduit au rejet du traité constitutionnel européen par référendum en mai 2005.

L’Histoire fait ici la démonstration que la donne démocratique a changé, au gré de l’avènement des nouveaux médias de masse dont l’interactivité permet à chacun, militant ou non, d’agir en politique, de débattre et de contester. Une nouvelle génération de citoyen-ne-s se lève, les cahiers de doléances et les pétitions de masse sont désormais dématérialisés. C’est une révolution démocratique que les organisations politiques, syndicales et institutionnelles doivent d’urgence assimiler pour préserver la République et la démocratie de la menace extrémiste.

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La primaire : un outil pour reconquérir l’esprit citoyen et le coeur de la gauche !

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L’élection présidentielle est devenue, de fait, le moment où les majorités parlementaires se font… et se défont. Nous en avons fait l’amère expérience un certain 21 avril. C’est après trois échecs successifs en 1995, 2002 et 2007, qu’est née l’idée d’une primaire large pour la présidentielle de 2012, laquelle mobilisa 3 millions de citoyen-ne-s, dont près de 90.000 en Haute-Garonne, soit 12% du corps électoral départemental.

Forte d’un tel succès, la primaire est désormais inscrite dans les statuts du PS : premier argument plaidant pour sa tenue en 2016. La direction socialiste en discute donc depuis peu avec ses partenaires, dans une logique indispensable d’unité de la gauche. Pourquoi la fédération #PS31 ne fait-elle pas savoir qu’elle se tient prête à l’organiser ?

Un enjeu démocratique majeur

La primaire n’est pas une question de personnes, c’est un enjeu majeur pour ne pas faire l’impasse sur 2017. Manuel Valls, qui déclarait lors de son intronisation à Matignon que la parole politique était devenue « une langue morte », n’a pas su empêcher le progrès de l’abstentionnisme et du vote FN. Ni même François Hollande. Au contraire, leur politique a déboussolé jusqu’à leurs plus fidèles soutiens.

Intellectuels et militants de gauche appellent donc aujourd’hui à cette primaire car, outre son intérêt pour recoudre une gauche en lambeaux, elle est une opportunité pour répondre à l’affaissement démocratique, la paralysie des institutions et l’avènement de nouvelles pratiques militantes, notamment via Internet. En outre, alors que la droite prépare la sienne, comment le camp du progrès pourrait-il laisser les conservateurs occuper seuls le devant de la scène ?

L’avenir est probablement au dépassement des partis traditionnels. Si François Hollande était parfaitement légitime à représenter le PS, voire la gauche, il serait son candidat naturel. Malheureusement, les turpitudes de l’exécutif (illustrées par le projet de loi travail) ont décrédibilisé la politique et discrédité la parole de gauche : la primaire est donc l’occasion de prouver qu’une autre politique est possible !

REVUE DU WEB :

Laurent Bouvet : « Tout semble aujourd’hui permis, y compris, donc, au sein du PS, de dire que l’on ne souhaite pas que le président se représente. Le premier secrétaire en vient finalement à valider, de fait, cette implosion du parti présidentiel, comme sa déclaration le démontre. »
Thomas Piketty : « Dernière trouvaille de Cambadélis: il vient de déclarer qu’il allait demander virilement à chaque responsable socialiste s’il était oui ou non favorable à la candidature du président en place, avec l’espoir semble-t-il que ces face-à-faces mano a mano allaient intimider tout le monde et clore le processus. »